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Introduction
Cet article clôt le parcours de base de Cap d’Avance Lucide. En trente articles depuis près de 6 mois, nous avons cherché à comprendre ce qu’est une rupture temporaire de normalité, à connaître les risques de notre territoire, à recevoir une alerte, à organiser un PIMS familial, à constituer un sac 72h et des réserves raisonnables, à décider entre rester, partir ou se mettre à l’abri, et à adapter tout cela aux personnes réelles de notre foyer.
Il reste une étape, la plus simple et la plus souvent oubliée : vérifier que tout cela fonctionne.
Si vous suivez le parcours depuis le début, cet article vous propose de mettre votre organisation à l’épreuve, sans pression et sans scénario dramatique. Si vous le découvrez aujourd’hui sans avoir rien préparé, rassurez-vous : vous n’êtes pas en retard. Beaucoup de foyers en sont au même point, comme le montrait notre article sur le déficit d’appropriation de la préparation 72h en France. Faire un exercice, même sans kit ni plan, est souvent la manière la plus concrète de commencer, car il montre en dix minutes ce qui manque vraiment.
Pourquoi tester ce que l’on a préparé
Un sac rangé depuis six mois, une liste de numéros notée une fois, une lampe achetée et jamais allumée : sur le papier, tout est prêt. Dans la pratique, on découvre souvent au mauvais moment une pile vide, une ordonnance périmée ou un enfant qui ne sait pas où aller.
Les écoles, collèges et lycées l’ont intégré depuis longtemps : leur plan particulier de mise en sûreté donne lieu à au moins deux exercices par an, en plus des exercices incendie. Ils ne s’entraînent pas parce qu’ils attendent une catastrophe, mais parce qu’une conduite répétée s’applique plus vite et avec moins de stress. La Journée nationale de la résilience repose sur la même idée, avec sa signature 2026 : « Je m’informe, j’agis, je me protège ».
Tester sa préparation sert à trois choses :
- vérifier le matériel : ce qui marche, ce qui est vide, périmé ou introuvable ;
- vérifier l’organisation : qui fait quoi, et si chacun le sait vraiment ;
- créer des réflexes : un geste déjà fait une fois se refait plus facilement sous pression.
Un test n’est pas un examen. Il n’y a pas de note. Un exercice réussi est un exercice qui a fait apparaître au moins une chose à améliorer, qui a permis de vous approprier les méthodes.
Sept exercices simples, de 2 minutes à une soirée
Chaque exercice teste un point précis du parcours. Inutile de tous les faire : commencez par celui qui vous semble le plus utile pour votre foyer.
| Exercice | Durée | Ce qu’il teste | Article de référence |
|---|---|---|---|
| 1. Reconnaître l’alerte | 5 min | L’alerte et les sources officielles | S’informer en cas de crise |
| 2. Le message familial | 10 min | La communication et le contact extérieur | Communication en situation dégradée |
| 3. Les papiers en deux minutes | 2 min | Les documents essentiels | Documents essentiels |
| 4. La pièce d’abri | 15 min | La mise à l’abri et les rôles | Se mettre à l’abri chez soi |
| 5. Le repas sans courses | 1 repas | Les réserves du foyer | Réserve d’eau raisonnable |
| 6. La soirée sans courant | 2 h | L’éclairage, l’énergie, la radio | Coupure d’électricité : premiers gestes |
| 7. Le trajet de secours | 30 min | Les déplacements sans voiture ni transports habituels | RETEC du 17 octobre |
Pour l’évacuation, la page Semaine 4 du parcours d’octobre propose déjà l’exercice « départ en 5 minutes », avec ses check-lists. Il complète les sept exercices ci-dessous.
1. Reconnaître l’alerte
Objectif : que chacun sache reconnaître un signal d’alerte et où chercher la consigne.
Déroulé : les sirènes du réseau national d’alerte sont essayées le premier mercredi de chaque mois, vers midi, là où elles existent. Profitez-en pour expliquer aux enfants ce qu’ils entendent. Puis posez trois questions : que ferait-on si ce n’était pas un essai ? Quelle radio allumerait-on ? Qui consulterait FR-Alert, la mairie ou la préfecture ?
Ce qu’on observe : la fréquence de la radio locale est-elle connue ? Notez-la dans le PIMS si ce n’est pas le cas.
2. Le message familial
Objectif : vérifier que le foyer peut se donner des nouvelles quand il est séparé.
Déroulé : un soir de semaine, à une heure convenue, chaque membre du foyer envoie un SMS court au contact extérieur prévu dans le PIMS : « Je vais bien, je suis à tel endroit ». Le contact répond à tous.
Ce qu’on observe : tout le monde connaît-il le numéro sans chercher dans son téléphone ? Le contact a-t-il bien reçu chaque message ? Un adolescent sans forfait aurait-il pu le faire ?
3. Les papiers en deux minutes
Objectif : retrouver les documents utiles sans fouiller.
Déroulé : lancez un chronomètre de deux minutes. Retrouvez la copie d’une pièce d’identité, une ordonnance en cours, l’attestation d’assurance du logement et la liste des numéros utiles.
Ce qu’on observe : ce qui manque, ce qui est périmé, ce qui est rangé à plusieurs endroits.
4. La pièce d’abri
Objectif : vérifier que la mise à l’abri prévue fonctionne vraiment.
Déroulé : annoncez « exercice de mise à l’abri ». Chacun prend son rôle : information, logement, personnes, ressources. On ferme les fenêtres, on repère l’interrupteur de ventilation sans le couper, on rejoint la pièce choisie avec l’eau et le sac. On y reste quinze minutes.
Ce qu’on observe : combien de temps pour s’installer ? Quelqu’un a-t-il hésité sur son rôle ? La pièce est-elle assez grande pour tout le monde, animaux compris ?
5. Le repas sans courses
Objectif : vérifier que les réserves du foyer suffisent vraiment.
Déroulé : préparez un dîner uniquement avec ce que vous avez en réserve, sans aller faire de courses et, pour aller plus loin, sans utiliser le four ni les plaques.
Ce qu’on observe : le repas convient-il à tout le monde, y compris aux enfants et aux régimes particuliers ? Remplacez ce que vous avez consommé dans la semaine, pour que les réserves restent complètes.
6. La soirée sans courant
Objectif : tester l’éclairage, la recharge et l’information sans électricité du réseau.
Déroulé : un soir, éteignez les lumières, les écrans et le Wi-Fi pendant deux heures, sans toucher au disjoncteur ni au réfrigérateur. Utilisez seulement la lampe, la batterie externe et la radio à piles du kit. Jouez à un jeu de société.
Ce qu’on observe : la lampe et la batterie étaient-elles chargées ? Les piles fonctionnent-elles ? C’est la vérification du module énergie dont nous parlons depuis le début : recharger ou contrôler le niveau de charge.
7. Le trajet de secours
Objectif : savoir rejoindre l’école, le travail ou un proche si la voiture ou les transports habituels ne sont pas disponibles.
Déroulé : un week-end, faites à pied ou à vélo l’un de ces trajets, ou repérez sur une carte papier un itinéraire alternatif. Le RETEC du 17 octobre démontrera qu’une station de métro fermée ou une voiture incendiée suffisent à supprimer le trajet habituel en milieu urbain.
Ce qu’on observe : la durée réelle, les passages difficiles, ce qu’il faudrait emporter.
Point de vigilance — Ces exercices se font un jour ordinaire, au calme. On ne déclenche jamais de fausse alerte à l’extérieur, on n’appelle pas les numéros d’urgence pour « tester », et on ne coupe pas un équipement médical ou le réfrigérateur pour simuler une panne.

Organiser les tests sans inquiéter
Un exercice à la fois
Un exercice par semaine suffit. Le parcours d’octobre en offre l’occasion : les sept exercices tiennent en deux mois sans bousculer le quotidien. L’important est la régularité, pas la performance.
Avec les enfants
Annoncez toujours l’exercice à l’avance et présentez-le comme un jeu d’organisation, pas comme une répétition de catastrophe. Donnez à chaque enfant une mission à sa mesure : tenir la lampe, chronométrer, cocher la liste, choisir le jeu de la soirée sans courant. Beaucoup connaissent déjà les exercices de leur école ; le parallèle les rassure. L’article sur la préparation familiale détaille la manière d’en parler.
Avec une personne âgée ou dépendante
Adaptez le rythme et demandez-lui ce qui lui semble difficile : c’est souvent elle qui connaît le mieux ses besoins. Un exercice simple, comme les papiers en deux minutes ou le message familial, fait apparaître rapidement ce qui doit être ajusté. Les pistes sont dans l’article sur l’adaptation à la composition du foyer.
Toujours finir par trois questions
Après chaque exercice, prenez cinq minutes, comme le propose le PIMS familial après une crise réelle :
- Qu’est-ce qui a fonctionné ?
- Qu’est-ce qui nous a fait perdre du temps ?
- Qu’est-ce qu’on change, et qui s’en occupe ?
Notez la réponse à la troisième question dans le PIMS. C’est elle qui transforme un exercice en progrès.
Exemple concret — la soirée sans courant d’une famille de quatre (situation fictive)
Un vendredi soir, la famille éteint tout à 20 h. La lampe frontale du kit s’allume, mais la batterie externe est à moitié vide. La radio à piles marche, personne ne connaît la fréquence de la radio locale. Le fils de 10 ans trouve le jeu de cartes. La fille de 15 ans remarque qu’il n’y a qu’une seule lampe pour quatre.
Bilan à 22 h : batterie à recharger après chaque usage, fréquence radio notée dans le PIMS, une deuxième lampe ajoutée à la liste. Trois améliorations concrètes, sans aucun achat inutile.
Vous n’avez pas encore commencé ? C’est le bon moment
Rien dans cet article ne suppose d’avoir tout préparé. Si vous partez de zéro, faites d’abord l’exercice 3 (les papiers en deux minutes) ou l’exercice 6 (la soirée sans courant). En quelques minutes, vous saurez par où commencer, sans acheter quoi que ce soit.
Ensuite, plusieurs portes d’entrée existent, à votre rythme.
- Suivre le parcours d’octobre. Octobre de la préparation citoyenne propose quatre semaines guidées : comprendre les risques et les alertes, décider et commencer son PIMS, s’organiser, puis agir et tester. Il est gratuit, accessible sans inscription, et reste en ligne après le 31 octobre : on peut le commencer à tout moment.
- Faire le point en quelques questions. Le quiz de préparation 72h vous situe et vous oriente vers les bons articles.
- Partir des bases. La page Commencer ici et le mini-guide Préparation 72h résument l’essentiel.
- S’appuyer sur des listes. Les check-lists 72h (démarrage, eau, documents, hygiène et soins, éclairage et énergie) se complètent une par une.
- Rejoindre une action près de chez vous. La Journée nationale de la résilience a eu lieu le 13 octobre, mais des actions labellisées sont organisées toute l’année : exercices, ateliers, formations. La carte nationale carte-jnr.fr permet de les trouver.
- Apprendre les gestes qui sauvent. Une formation aux premiers secours (PSC) est l’une des recommandations officielles de la JNR, et le sujet de notre article compétence avant matériel.
La préparation ne se construit pas en une fois. Un premier exercice, une première ligne de PIMS, un premier pack d’eau : chaque pas compte, et aucun n’oblige à tout faire.
À retenir
- Une préparation qui n’a jamais été essayée reste une hypothèse.
- Sept exercices courts suffisent à tester l’alerte, la communication, les documents, la mise à l’abri, les réserves, l’énergie et les trajets.
- Un exercice réussi est un exercice qui fait apparaître au moins une amélioration.
- On termine toujours par trois questions : ce qui a fonctionné, ce qui a ralenti, ce qu’on change.
- Sans préparation, un exercice reste le meilleur point de départ.
Action simple de la semaine
Choisissez un seul exercice dans le tableau et fixez-lui une date cette semaine. Notez-la sur le calendrier familial, comme un rendez-vous. Après l’exercice, inscrivez dans votre PIMS une seule chose à améliorer.
Si vous n’avez pas encore de PIMS, cette ligne sera la première.
Conclusion
Avec cet article se termine le parcours de base de Cap d’Avance Lucide. Il avait un fil conducteur simple : comprendre, décider, agir. Comprendre ce qu’est une rupture temporaire de normalité. Décider ce qui, dans notre foyer et sur notre territoire, pourrait être touché. Agir, par une préparation raisonnable, puis par des exercices qui la rendent réelle.
Ce parcours ne fait pas de chaque foyer une équipe de secours. Il lui donne une marge : quelques jours d’autonomie, quelques réflexes, quelques décisions déjà prises. Cette marge protège les siens et laisse aux secours le temps et les moyens d’aider ceux qui en ont le plus besoin. C’est ainsi que la résilience individuelle devient une résilience collective.
La suite ne sera pas une nouvelle liste. Les prochains articles seront des retours d’expérience sur des événements réels, comme celui du 17 octobre, et des entretiens avec celles et ceux qui ont vécu une crise ou qui y répondent. Chacun d’eux viendra vérifier, sur le terrain, ce que ce parcours a construit.
Sources
- Gouvernement, Journée nationale de la résilience : agir près de chez vous (signature « Je m’informe, j’agis, je me protège », actions labellisées toute l’année).
- Ministère de l’Intérieur, Journée nationale de la résilience — 13 octobre 2026 — Dossier de presse.
- Géorisques, La Journée nationale de la résilience.
- Gouvernement, Se préparer à une situation d’urgence (kit d’urgence, guide Tous responsables).
- Ministère de l’Éducation nationale, Éduscol, Assurer la sécurité des écoles et des établissements (exercices PPMS).


