Écouter cet article – version audio
Lorsqu’une consigne demande de rester à l’intérieur, la préparation du foyer change de nature : il ne s’agit plus de décider, mais d’appliquer et de tenir. Choisir la bonne pièce, répartir les rôles, utiliser d’abord les réserves de la maison et garder le sac 72h prêt : quelques repères suffisent pour traverser quelques heures ou quelques jours sans improviser.
Introduction
Depuis le début de ce parcours, nous avons appris à comprendre les risques de notre territoire, à recevoir une alerte, à organiser un PIMS familial, à constituer un sac 72h et à préparer nos critères de décision. Dans l’article précédent consacré au choix entre rester, partir ou se mettre à l’abri, une idée revenait souvent : sortir n’est pas toujours se mettre en sécurité.
Cet article commence là où le précédent s’arrêtait. La consigne est tombée, ou la situation l’impose : le foyer reste à l’intérieur. Que fait-on, concrètement, dans les premières minutes ? Comment s’organise-t-on si cela dure toute une soirée, ou plusieurs jours ?
Cette situation n’a rien d’inédit : les élèves s’y entraînent déjà. Dans chaque école, collège et lycée, un plan particulier de mise en sûreté, le PPMS, prévoit la conduite à tenir face à un événement majeur, et au moins deux exercices PPMS sont organisés chaque année, en plus des exercices incendie. Lors d’un exercice de mise à l’abri, la consigne est donnée, les élèves rejoignent la zone prévue, les ouvertures sont fermées et les adultes appliquent les gestes attendus jusqu’à l’arrivée des secours ou la fin de l’alerte annoncée par les autorités. Votre enfant a peut-être déjà vécu l’un de ces exercices.
Les établissements ne s’entraînent pas parce qu’ils s’attendent au pire, mais parce qu’une conduite déjà répétée s’applique plus vite et avec moins de stress le jour où elle devient nécessaire. Le foyer peut s’inspirer de la même logique : un lieu choisi à l’avance, des rôles connus, des ressources à portée de main. Le PPMS organise l’établissement ; le PIMS familial joue ce rôle pour votre maison.
L’objectif n’est pas d’ajouter une nouvelle liste de matériel. Il est de montrer comment ce que vous avez déjà préparé s’assemble au moment de s’en servir.
Deux situations différentes derrière les mêmes mots
Les expressions « mise à l’abri » et « confinement » recouvrent dans la pratique deux situations qu’il est utile de distinguer.
La mise à l’abri immédiate
Elle répond à un danger extérieur proche : nuage toxique après un accident industriel, rejet radioactif, fumées d’un feu de forêt, montée des eaux. Les consignes officielles demandent alors des gestes rapides et précis, qui varient selon le risque. La durée n’est généralement pas connue au moment de l’alerte : elle dépend de l’évolution de la situation et se termine sur annonce des autorités.
Le maintien prolongé à domicile
Il correspond à une situation où le danger n’est pas forcément devant la porte, mais où sortir n’est pas souhaitable ou pas possible : routes coupées après une tempête, crue qui isole un quartier, consigne de limiter les déplacements, coupure durable des réseaux. Il n’est plus question de calfeutrer une pièce pendant quelques heures, mais de faire fonctionner le foyer dans des conditions dégradées.
Le Gouvernement résume cet enjeu dans sa présentation du kit d’urgence : les premières 72 heures d’une catastrophe majeure sont souvent les plus éprouvantes, et un kit préparé à l’avance permet de rester chez soi plus sereinement dans l’attente des secours.
Les deux situations peuvent d’ailleurs s’enchaîner. Une mise à l’abri de quelques heures peut se prolonger, ou être levée puis suivie de plusieurs jours de perturbations. C’est pourquoi la méthode proposée ici avance par étapes.
Point de vigilance — Cap d’Avance Lucide complète les consignes officielles, il ne les remplace pas. Les gestes de mise à l’abri dépendent du risque : la consigne diffusée par les autorités (FR-Alert, radio, mairie, préfecture) reste toujours prioritaire sur l’organisation familiale. Une mise à l’abri ne se transforme en départ que sur ordre des autorités.
Les premières minutes : appliquer la consigne propre au risque
La première étape ne consiste pas à ouvrir le sac 72h. Elle consiste à lire entièrement le message reçu et à identifier le risque concerné, car les gestes ne sont pas les mêmes d’une situation à l’autre.
Où s’abriter dans le logement et quels gestes appliquer : repères issus des fiches officielles
| Situation | Où se mettre à l’abri | Gestes clés selon les fiches officielles |
|---|---|---|
| Accident industriel (nuage toxique) | Bâtiment en dur, à l’écart des fenêtres | Fermer portes et fenêtres, calfeutrer ouvertures et aérations, arrêter ventilation et climatisation, ne pas fumer ni utiliser de flamme |
| Accident nucléaire | Bâtiment en dur | Fermer portes et fenêtres, couper la ventilation, prendre de l’iode uniquement sur instruction du préfet |
| Inondation | En hauteur ou à l’étage, avec le kit 72h | Couper si possible gaz, électricité et chauffage, ne pas descendre au sous-sol ni au parking souterrain |
| Feu de forêt | Bâtiment en dur | Fermer et arroser volets, portes et fenêtres, occulter les aérations, éloigner les combustibles |
Quatre consignes reviennent dans presque toutes les fiches officielles, quel que soit le risque :
- ne pas aller chercher les enfants à l’école : ils sont pris en charge par les équipes pédagogiques ;
- éviter de téléphoner, pour laisser les réseaux disponibles aux secours ;
- rester à l’écoute des autorités ;
- n’évacuer que sur ordre.
Ces premières minutes reposent sur des gestes que l’on n’a pas le temps de chercher. C’est la raison pour laquelle ils gagnent à être préparés dans le PIMS, pour le ou les deux risques principaux de votre commune, tels qu’indiqués dans le DICRIM (document d’information communal sur les risques majeurs).

Choisir sa pièce d’abri à l’avance
Dans l’urgence, on se réfugie souvent dans la pièce où l’on se trouve. Ce n’est pas toujours la plus adaptée. Choisir à l’avance une pièce pour chacun des principaux risques du territoire évite cette hésitation.
Pour une mise à l’abri face à un danger extérieur, le Gouvernement recommande, si possible, une pièce située au-dessus du niveau du sol et sans fenêtre. Face à une inondation, Géorisques recommande de prévoir une zone refuge à l’étage, avec une ouverture permettant l’évacuation. Les deux recommandations ne se contredisent pas : elles répondent à des dangers différents.
Au-delà de la protection, quelques questions pratiques comptent si la mise à l’abri dure :
- La pièce peut-elle accueillir tout le foyer, y compris les animaux ?
- Les toilettes sont-elles accessibles sans sortir ni ouvrir sur l’extérieur ?
- Un point d’eau est-il proche ?
- Peut-on y installer de quoi s’asseoir ou s’allonger ?
- Le sac 72h et le kit d’eau peuvent-ils y être déplacés rapidement ?
Si votre commune comporte un site industriel, Géorisques conseille également de prévoir du gros ruban adhésif pour calfeutrer les ouvertures. Rangé près de la pièce d’abri, avec une paire de ciseaux, il évite de fouiller la maison au mauvais moment.
Dernier point souvent oublié : savoir comment arrêter la ventilation de son logement. Selon les habitations, la VMC (ventilation mécanique contrôlée) se coupe par un interrupteur dédié ou depuis le tableau électrique. Le repérer un jour ordinaire prend deux minutes.
Les premières heures : un rôle pour chacun
Le PIMS familial proposait déjà quelques rôles simples. Pour une mise à l’abri, ils peuvent être précisés de cette façon.
La personne référente information suit FR-Alert, la radio locale et les messages de la mairie ou de la préfecture. Elle note l’heure, la consigne et la prochaine mise à jour attendue. Elle est la seule à consulter les sources en continu, ce qui économise les batteries des autres téléphones et évite les versions contradictoires.
La personne référente logement applique les gestes de la consigne : fermeture des ouvertures, arrêt de la ventilation, calfeutrage si demandé, coupure du gaz ou de l’électricité lorsque la consigne le prévoit et que cela peut se faire sans danger.
La personne référente des personnes s’occupe des enfants, de la personne âgée, des traitements et des animaux. Elle vérifie que chacun est présent ou localisé, que les médicaments sont accessibles et que personne ne reste isolé dans une autre pièce.
La personne référente ressources rassemble l’eau, la nourriture, l’éclairage et le sac 72h dans la pièce d’abri, puis fait un rapide inventaire.
Dans un foyer de deux personnes, ces rôles se cumulent. Pour une personne seule, ils se cumulent tous, et un rôle supplémentaire prend de l’importance : le contact extérieur prévu dans le PIMS, à qui envoyer un message court dès que c’est possible. Un adolescent peut tenir un rôle à sa mesure, par exemple la recharge des appareils ou l’occupation des plus jeunes. L’article sur l’adaptation de la préparation à la composition du foyer détaille ces ajustements.
L’intérêt de ces rôles n’est pas d’organiser la maison comme un service de secours. Il est d’éviter que tout le monde regarde son téléphone pendant que personne ne ferme la fenêtre de la salle de bains.
Réserves du foyer et sac 72h : qui sert à quoi
Une question revient souvent : si l’on reste chez soi, faut-il vider le sac 72h ? La réponse tient en un principe simple.
Les réserves de la maison servent d’abord. Le sac reste prêt.
Une mise à l’abri peut se transformer en évacuation si les autorités le demandent. Un sac déballé sur la table de la cuisine fait alors perdre exactement le temps qu’il devait faire gagner. Le foyer utilise donc en priorité :
- l’eau stockée à la maison, telle que décrite dans l’article sur la réserve d’eau raisonnable ;
- les aliments du placard, en ouvrant le réfrigérateur le moins possible en cas de coupure d’électricité ;
- l’éclairage, les batteries et la radio disponibles dans le logement.
Le sac reste fermé, à portée de main, dans ou près de la pièce d’abri. Si l’on doit y prendre un élément, comme la radio ou une lampe, une règle simple évite les oublis : ce qui sort du sac y retourne dès qu’on n’en a plus besoin.
Cette articulation confirme ce que l’article sur le sac 72h comme outil polyvalent avançait : le sac n’est pas seulement un bagage de départ, c’est un outil qui doit rester disponible pour la décision suivante.

Au-delà de quelques heures : tenir sans s’épuiser
Si la situation se prolonge, l’enjeu se déplace. Il ne s’agit plus de réagir vite, mais de maintenir un fonctionnement acceptable du foyer. Les trois priorités mises en avant par le guide gouvernemental Tous responsables offrent un cadre simple : boire et manger, avoir chaud, se soigner.
Boire et manger. Répartir l’eau par jour plutôt que de la consommer au fil des envies. Privilégier les aliments qui ne demandent ni cuisson ni beaucoup d’eau.
Avoir chaud. En hiver, une consigne d’arrêt du chauffage peut faire baisser la température. Vêtements chauds, couvertures et regroupement dans une même pièce font partie des réponses prévues par la liste officielle du kit d’urgence.
Se soigner. Garder les traitements accessibles, respecter les horaires de prise, surveiller les personnes les plus fragiles. En cas de doute sur l’état de santé d’une personne, le 15 ou le 112 restent joignables.
Trois autres repères aident à tenir dans la durée :
- Un rythme. Fixer des points d’information à heures régulières plutôt qu’un suivi permanent qui épuise l’attention et les batteries.
- L’énergie. Une seule personne suit l’information, les autres téléphones passent en mode économie. L’article sur les premiers gestes en cas de coupure d’électricité complète ce point.
- Le moral. La liste officielle du kit d’urgence mentionne des jeux pour occuper le temps. Ce n’est pas un détail : chez les enfants comme chez les adultes, l’inaction et l’incertitude pèsent souvent davantage que l’inconfort.
Point de vigilance — monoxyde de carbone. Lors d’un maintien prolongé à domicile, notamment pendant une coupure d’électricité, la tentation existe de se chauffer ou de cuisiner autrement. Santé publique France rappelle que les groupes électrogènes ne doivent jamais être utilisés en intérieur et que les chauffages d’appoint ne doivent pas fonctionner en continu. Barbecues et braseros ne sont pas faits pour l’intérieur. Le monoxyde de carbone est invisible et inodore. Un calfeutrage destiné à se protéger d’un nuage toxique ne doit jamais être combiné avec un appareil à combustion.
Sortir de l’abri : attendre le bon signal
Le calme apparent n’est pas une fin d’alerte. Le foyer reste à l’abri jusqu’à l’annonce des autorités, par la radio, FR-Alert, la mairie ou le signal sonore de fin d’alerte des sirènes : un son continu de 30 secondes, selon Géorisques.
Après une mise à l’abri face à un nuage toxique, les consignes de fin d’alerte prévoient généralement d’aérer le logement et de retirer le ruban adhésif. Suivez les indications données à ce moment-là.
Vient ensuite le moment de remettre en état ce qui a servi : recharger les batteries, compléter l’eau, remettre dans le sac ce qui en est sorti. Puis dix minutes pour un retour d’expérience familial, comme le proposait l’article sur le PIMS : qu’est-ce qui a fonctionné, qu’est-ce qui nous a fait perdre du temps, qu’est-ce qu’on change ?
À retenir
- Une mise à l’abri immédiate et un maintien prolongé à domicile ne demandent pas la même organisation.
- Les gestes dépendent du risque : la consigne des autorités reste toujours prioritaire.
- Une pièce d’abri choisie à l’avance pour chaque risque principal évite d’hésiter au mauvais moment.
- Quatre rôles suffisent : information, logement, personnes, ressources.
- Les réserves de la maison servent d’abord ; le sac 72h reste prêt pour une éventuelle évacuation.
Action simple de la semaine
Prenez votre PIMS familial et ajoutez-y une ligne « Mise à l’abri ». Pour le risque principal de votre commune, notez :
- la pièce d’abri choisie ;
- l’emplacement de l’interrupteur de ventilation ou du disjoncteur correspondant ;
- qui tient chacun des quatre rôles ;
- où se trouve le ruban adhésif, si votre commune est concernée par un risque industriel.
Allez ensuite physiquement dans la pièce choisie et vérifiez en deux minutes qu’elle convient : place, toilettes, point d’eau, accès au sac.
Il ne s’agit pas encore de tout tester. Il s’agit de transformer une consigne générale en décision concrète pour votre logement.

Conclusion
Se mettre à l’abri chez soi semble être la situation la plus simple : on ne part pas, on est entouré de ses affaires. C’est justement ce qui la rend facile à sous-estimer. Une pièce mal choisie, une ventilation qu’on ne sait pas couper, un sac vidé trop tôt ou quatre personnes qui suivent quatre sources différentes suffisent à compliquer quelques heures déjà inhabituelles.
La méthode tient en peu de mots : appliquer la consigne propre au risque, s’installer dans la pièce prévue, répartir les rôles, utiliser d’abord les réserves, garder le sac prêt, tenir un rythme et attendre la fin d’alerte.
Vous disposez désormais de l’essentiel : comprendre, organiser, décider, agir. Il reste une étape pour clore ce parcours : vérifier que tout cela fonctionne réellement. Ce sera l’objet du prochain article, consacré aux exercices simples à faire en famille pour tester sa préparation 72h.
Sources
- Gouvernement, Se préparer à une situation d’urgence, info.gouv.fr (modifiée le 06/08/2026) : consignes de confinement, kit d’urgence, 72 premières heures.
- SGDSN / Gouvernement, guide Tous responsables : trois priorités « boire et manger, avoir chaud, se soigner ». (lien PDF depuis la page info.gouv.fr ci-dessus)
- Géorisques, Que faire en cas d’accident industriel ?
- Géorisques, Que faire en cas d’accident nucléaire ?
- Géorisques, Que faire en cas d’inondation ?
- Géorisques, Que faire en cas de feu de forêt ?
- Santé publique France, communiqué du 14/11/2024 sur les intoxications au monoxyde de carbone.
- Préfecture du Haut-Rhin, fiche de consignes de confinement (fin d’alerte : aération, retrait du ruban adhésif).
- Ministère de l’Éducation nationale, Éduscol, Assurer la sécurité des écoles et des établissements : PPMS unifié (circulaire du 8 juin 2023), deux exercices PPMS par an en plus des exercices incendie.
