Une préparation 72h repose sur un socle commun : de l’eau, une alimentation simple, de quoi s’éclairer, s’informer, garder ses documents et ses traitements à portée de main. Ce socle est le même pour tous. Mais il ne s’applique jamais à un foyer théorique.

Un nourrisson, un adolescent, un parent âgé, une personne sous traitement ou un chien ne modifient pas les mêmes besoins, ni les mêmes décisions. Une préparation pensée pour « quatre adultes autonomes » laisse alors des angles morts précisément là où le foyer est le plus dépendant de son organisation.

Cet article propose une méthode simple : passer en revue chaque membre du foyer, repérer ce que le socle commun ne couvre pas pour lui, puis compléter avec quelques ajustements ciblés. Sans multiplier les achats, et toujours dans le cadre des consignes officielles.

Si vous suivez Cap d’Avance Lucide depuis ses premiers articles, certaines notions vous paraîtront familières : socle commun, besoins essentiels, PIMS familial. C’est volontaire. Le parcours éditorial a d’abord permis de comprendre les principes de la préparation 72h et ce qu’elle cherche à couvrir. Cet article s’inscrit dans l’étape suivante : celle où chaque foyer décide de ce qu’il va préparer concrètement, avant de passer à l’action. Rappeler quelques notions à ce moment-là permet de prendre ces décisions sur des bases claires.

Un socle commun, puis des ajustements par personne

La liste officielle du kit d’urgence publiée par le Gouvernement donne déjà un indice. À côté de la radio à piles, de la lampe, de l’eau ou des documents, elle mentionne des petits pots pour bébé, de la nourriture pour animaux, une paire de lunettes de secours, des médicaments et même des jeux pour occuper le temps. Autrement dit, la recommandation générale suppose que chaque foyer l’adapte à ceux qui le composent.

La quantité d’eau en est l’exemple le plus simple. La recommandation officielle est exprimée par personne : 6 litres d’eau potable en bouteilles par personne dans le kit d’urgence. Un foyer de quatre personnes ne prévoit donc pas la même réserve qu’une personne seule. Le même raisonnement s’applique à presque tout le reste.

On peut donc penser la préparation en deux couches :

  • Le socle commun : ce dont tout le foyer a besoin et qui peut être partagé (éclairage, radio, eau, alimentation simple, documents, trousse de secours, contacts).
  • Les ajustements personnels : ce qui concerne une personne précise et qu’aucun autre élément du socle ne remplace (un traitement, un lait infantile, un appareil auditif, une caisse de transport pour un chat).

Faire l’inventaire réel de votre foyer

La première étape ne demande aucun achat. Elle consiste à lister honnêtement qui fait partie du foyer, y compris de façon intermittente.

On pense spontanément aux personnes qui vivent sous le même toit. Mais un foyer réel inclut aussi un enfant présent une semaine sur deux, un parent âgé hébergé l’hiver, l’enfant d’un conjoint, un animal, voire un proche qui vit ailleurs mais dont vous êtes le premier contact.

Pour chaque personne, cinq questions suffisent à faire apparaître l’essentiel :

  1. Dépend-elle d’un traitement, d’un appareil ou d’une alimentation particulière ?
  2. Peut-elle se déplacer seule, y compris sans lumière ni ascenseur ?
  3. Peut-elle recevoir et comprendre une alerte (audition, vue, langue, compréhension) ?
  4. Peut-elle prendre seule une décision simple, ou a-t-elle besoin de quelqu’un ?
  5. Où se trouve-t-elle habituellement en journée ?

Les réponses ne servent pas à classer les personnes. Elles servent à repérer où la préparation commune doit être complétée et qui aura besoin d’aide si le quotidien est perturbé.

Grille « Une ligne par personne » :

Personne ou animalTraitement / appareil / alimentationMobilitéRéception de l’alerteRéférentAction à faire
Exemple : Léa, 2 ansLait infantilePortéeNonParent 1Vérifier le stock
Exemple : Mamie, 82 ansTraitement quotidien, appareil auditifLente, escaliers difficilesMalentendanteParent 2Inscription au registre de la mairie
Exemple : Pixel, chatCroquettesCaisse—AdoRanger la caisse près de l’entrée

Bébés et jeunes enfants : préserver la continuité

Un très jeune enfant dépend entièrement des adultes. Sa préparation consiste surtout à ne pas interrompre ce qui structure ses journées : l’alimentation, l’hygiène, le sommeil et les repères affectifs.

Quelques points méritent d’être vérifiés :

  • l’alimentation adaptée à son âge, qu’il n’est pas toujours possible de remplacer par autre chose ;
  • les couches et produits d’hygiène pour quelques jours ;
  • une copie des informations de santé utiles, notamment ses vaccinations et traitements éventuels ;
  • un objet rassurant ou un jeu connu, qui compte davantage qu’on ne le pense dans un lieu inhabituel ;
  • le moyen de le transporter si un départ est nécessaire (porte-bébé ou poussette, selon le trajet envisagé).

Si l’alimentation de votre enfant nécessite une préparation particulière, demandez à votre médecin ou à la PMI (protection maternelle et infantile) comment l’organiser en cas de coupure d’eau ou d’électricité. C’est une question légitime, à poser avant d’en avoir besoin.

Enfants scolarisés et adolescents : savoir ce qui est prévu sans vous

Avec des enfants plus grands, la question change. Pendant une bonne partie de la journée, ils ne sont pas avec vous. La préparation passe donc aussi par ce qui est organisé là où ils se trouvent.

Les écoles et établissements scolaires disposent d’un PPMS, un plan particulier de mise en sûreté, qui prévoit la conduite à tenir face à un accident majeur. Les consignes adressées aux familles sont constantes : ne pas aller chercher son enfant pendant l’alerte, pour ne pas l’exposer ni s’exposer, et ne pas encombrer les réseaux téléphoniques. Le PPMS de l’école ne doit pas être confondu avec le PIMS, qui concerne l’organisation de votre foyer.

  • vous renseigner auprès de l’établissement sur la manière dont les familles sont informées ;
  • vérifier la liste des personnes autorisées à récupérer votre enfant, pour le moment où les consignes le permettront ;
  • glisser dans son cartable une carte avec deux ou trois numéros utiles, dont un contact extérieur au foyer ;
  • convenir avec lui d’un message court à envoyer s’il le peut.

Point de vigilance — En cas d’alerte, l’école applique son plan de mise en sûreté. Aller chercher son enfant à ce moment-là peut l’exposer, vous exposer et gêner les secours. Préparer à l’avance qui le récupérera une fois les consignes levées évite d’avoir à décider sous pression.

Personnes âgées : traitements, mobilité et isolement

L’âge ne rend pas une personne dépendante par principe. Mais il s’accompagne souvent de besoins qui supportent mal l’improvisation : un traitement quotidien, des lunettes ou un appareil auditif, une mobilité réduite, une sensibilité accrue à la chaleur ou au froid.

Les points à vérifier avec la personne concernée :

  • les traitements et les ordonnances, et l’endroit où ils sont rangés ;
  • les aides du quotidien et ce qui les fait fonctionner (piles d’appareil auditif, lunettes de rechange, canne ou déambulateur) ;
  • un téléphone simple à utiliser et une liste de contacts sur papier, lisible ;
  • la possibilité de se déplacer dans le logement sans lumière ;
  • la tolérance aux températures, notamment en période de canicule.

Lorsque la personne vit seule, la question principale est souvent : qui s’apercevrait qu’elle a besoin d’aide ? Chaque commune tient un registre des personnes vulnérables. Il recense les personnes vivant à domicile qui souhaitent être contactées lors d’épisodes de canicule. Peuvent notamment s’y inscrire les personnes de 65 ans et plus, les personnes de plus de 60 ans reconnues inaptes au travail, les adultes handicapés et les personnes particulièrement vulnérables. L’inscription est gratuite, confidentielle et peut être demandée par la personne elle-même ou par un proche. Certaines communes utilisent aussi ce registre lors d’autres épisodes, comme le grand froid. Les modalités se renseignent en mairie.

Si votre parent vit ailleurs, identifiez un voisin ou un proche disponible sur place, et assurez-vous que sa propre préparation couvre l’essentiel. Vous ne pourrez pas toujours vous déplacer.

Handicap, maladie chronique et équipements médicaux

Pour une personne en situation de handicap ou atteinte d’une maladie chronique, la meilleure source d’information sur ses besoins est généralement elle-même. La préparation se construit avec elle, pas à sa place.

Les traitements à ne pas interrompre

Les appareils qui dépendent de l’électricité

Certaines personnes utilisent à domicile un appareil électrique dont elles ne peuvent pas se passer, comme une assistance respiratoire. Il existe pour elles un dispositif d’information spécifique, celui des patients à haut risque vital. L’Agence régionale de santé (ARS) établit la liste des patients concernés et la transmet au gestionnaire du réseau électrique, afin qu’ils soient informés en cas de coupure. Le signalement doit être renouvelé chaque année.

Ce dispositif sert à être prévenu : il n’empêche pas une coupure. Il est donc utile, en parallèle, de connaître l’autonomie de l’appareil sur batterie et de demander au prestataire de santé la conduite à tenir.

Recevoir et comprendre l’alerte

Une personne sourde ou malentendante peut joindre les secours par le 114. Pour une personne qui a des difficultés de lecture ou de compréhension, le guide officiel Tous responsables existe en version FALC (facile à lire et à comprendre). Ces outils méritent d’être connus avant d’en avoir besoin.

Animaux de compagnie : des besoins à part entière

La liste officielle du kit d’urgence mentionne la nourriture pour animaux. C’est un rappel utile : un animal dépend lui aussi de l’organisation du foyer, et son stress peut compliquer une situation déjà inhabituelle.

Pour chaque animal, il est utile de prévoir :

  • de la nourriture pour quelques jours et de l’eau, à intégrer dans votre réserve ;
  • son éventuel traitement ;
  • une laisse, un harnais ou une caisse de transport, rangés à un endroit connu ;
  • une copie de son carnet de santé et de son identification.

Renseignez-vous auprès de votre mairie sur les conditions d’accueil des animaux en cas d’hébergement temporaire, et identifiez si possible un proche, hors de votre secteur, capable de le garder. Une caisse prête et facile d’accès permet aussi de ne pas retarder un départ.

Les configurations qui changent la donne

Certaines situations ne relèvent pas d’un profil particulier, mais de la manière dont le foyer est organisé.

Vivre seul

Une personne seule n’a personne pour l’aider à chercher une lampe ou à remarquer un problème. Sa préparation repose davantage sur des repères extérieurs : un voisin informé, un proche à qui envoyer un message convenu, une liste de contacts accessible sans téléphone.

Garde alternée et familles recomposées

Un enfant qui vit dans deux logements a besoin de repères dans les deux. Cela suppose que les deux foyers partagent les informations essentielles : traitements, contacts, établissement scolaire, consignes connues. Il est aussi utile de convenir à l’avance de qui est responsable de l’enfant selon la semaine, et de ce qui se passe si une perturbation survient au moment du changement de domicile.

Colocation et foyers intergénérationnels

Lorsque plusieurs adultes partagent un logement sans former une famille, il est raisonnable de s’accorder sur un socle commun minimal (eau, éclairage, contacts) et de laisser chacun gérer ses besoins personnels, notamment ses traitements.

Répartir sans surcharger

Une fois les besoins repérés, une question reste : qui s’en occupe ? Une règle simple consiste à associer chaque personne dépendante à un adulte référent, et si possible à un second qui peut prendre le relais.

À retenir

  • Le socle commun est le même pour tous ; les ajustements dépendent de chaque personne et de chaque animal.
  • Cinq questions suffisent à repérer les besoins : traitement ou appareil, mobilité, réception de l’alerte, autonomie de décision, lieu habituel en journée.
  • Pour les enfants scolarisés, l’école dispose de son propre plan de mise en sûreté : la préparation porte sur ce qui se passe après.
  • Le registre communal des personnes vulnérables et le dispositif des patients à haut risque vital sont des démarches à faire avant d’en avoir besoin.
  • Chaque personne dépendante gagne à avoir un adulte référent identifié.

Faire évoluer la préparation avec le foyer

La composition d’un foyer n’est pas figée. Une naissance, un enfant qui entre au collège, un parent qui emménage, un nouveau traitement, un animal adopté ou un enfant qui quitte la maison modifient les besoins.

Pour le module énergie, cette vérification consiste notamment à recharger la batterie externe et la lampe, ou à s’assurer de leur niveau de charge, et à contrôler les piles. Une lampe déchargée au fond d’un sac ne rend aucun service.

Les changements de vie sont aussi une bonne occasion de faire ce point : on ne revoit pas toute la préparation, seulement la ligne de la personne concernée.

Pour avancer simplement

Prenez une feuille et écrivez une ligne par personne et par animal de votre foyer. En face de chacun, notez un seul besoin que le socle commun ne couvre pas aujourd’hui. Choisissez-en un, et traitez-le cette semaine.

Une préparation adaptée ne se construit pas en une fois. Elle progresse ligne par ligne.

Tableau type d’une famille – 4 personnes « Une ligne par personne » :

PersonneTraitement / appareil / alimentationMobilitéRéception de l’alerteRéférentAction à faire
Marc, 40 ans (parent)Lunettes de vueAutonomeOuiLui-même ; relais pour HugoAjouter une paire de lunettes de secours au kit
Claire, 35 ans (parent)Traitement quotidienAutonome ; travaille à 40 kmOuiElle-même ; relais pour InèsVérifier les jours de traitement disponibles et copier l’ordonnance
Hugo, 15 ansAucunAutonome ; au lycée en journéeOui, sur son téléphoneMarcGlisser une carte de contacts papier dans son sac ; il recharge la batterie externe
Inès, 12 ansInhalateur prescritAutonome ; au collège en journéeOui, si son téléphone est chargéClaireVérifier la liste des personnes autorisées à la récupérer au collège

Conclusion

Une préparation 72h utile ne se mesure pas au nombre d’objets rassemblés, mais à sa capacité à couvrir les besoins réels de ceux qui vivent sous le même toit. Partir des personnes plutôt que d’une liste standard permet de repérer ce qui manque vraiment, de mieux répartir l’effort et d’éviter les achats inutiles.

Cap d’Avance Lucide complète les consignes officielles, il ne les remplace pas. Lorsqu’une alerte survient, ce sont les consignes des autorités qui s’appliquent, pour chaque membre du foyer.

Sources

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