À partir de l’incendie déclaré à Saumos en juillet 2026, la méthode STRAP propose un cadre simple pour passer de l’information à une préparation concrète, sans anticiper les décisions des autorités et sans se substituer aux consignes de sécurité
STRAP est une méthode pédagogique de Cap d’Avance Lucide. Elle ne remplace jamais les consignes de la préfecture, des communes, des forces de l’ordre ou des services de secours.
Le mercredi 22 juillet 2026, un incendie s’est déclaré sur la commune de Saumos, en Gironde.
Au premier jour, pour un habitant ou un vacancier situé ailleurs dans le département, l’information pouvait sembler préoccupante mais encore éloignée de sa situation personnelle.
Puis le feu a progressé.
Des communes ont commencé à être évacuées. Le dispositif FR-Alert a été utilisé pour transmettre des consignes. Des axes routiers se sont chargés. Des centres d’accueil ont été ouverts. Au 27 juillet, la préfecture indiquait que près de 220 000 personnes avaient été évacuées préventivement dans 23 communes.
L’objectif de cet article n’est pas de reconstituer l’ensemble des opérations ni d’analyser les choix des secours.
Il est de suivre la situation depuis le point de vue d’un foyer : que faire lorsqu’on apprend qu’un incendie s’est déclaré dans le département où l’on habite ou séjourne, alors qu’aucune consigne ne concerne encore directement son secteur ?
C’est précisément dans cet intervalle que la méthode STRAP peut être utile.
STRAP : une méthode de préparation, pas une consigne de secours
STRAP est une méthode pédagogique conçue par Cap d’Avance Lucide pour aider un foyer à organiser progressivement ses décisions :
- S — Stratégie
- T — Transformation
- R — Résilience
- A — Autonomie
- P — Préparation
Elle ne constitue ni une procédure officielle ni un protocole opérationnel.
Elle ne doit jamais retarder :
- un appel au 18, au 112 ou au 114 lorsqu’un départ de feu est découvert ;
- une mise à l’abri immédiate ;
- une évacuation ordonnée ;
- l’application d’un message FR-Alert ;
- une consigne donnée par les sapeurs-pompiers, la gendarmerie, la mairie ou la préfecture.
Les recommandations nationales demandent notamment de donner l’alerte, de s’abriter dans un bâtiment en dur lorsque cette conduite est adaptée, de rester à l’écoute des autorités et de n’évacuer qu’en suivant leurs instructions.
STRAP intervient avant tout dans la période où le foyer dispose encore de temps pour comprendre, organiser et réduire ses propres fragilités.
Premier jour : un feu vient d’être signalé dans le département
Le foyer apprend l’existence de l’incendie par la radio, une notification, une publication de la mairie, un proche ou les informations nationales.
À ce stade :
- le secteur où il se trouve n’est pas nécessairement menacé ;
- aucune évacuation locale n’est annoncée ;
- les activités habituelles continuent ;
- les informations sont encore partielles ;
- des photographies et des commentaires commencent à circuler sur les réseaux sociaux.
Deux réactions opposées peuvent alors apparaître.
La première consiste à dramatiser immédiatement et à prendre la route sans consigne.
La seconde consiste à considérer que l’événement est trop éloigné pour mériter la moindre attention.
La méthode STRAP propose une troisième voie : ne pas paniquer, mais commencer à situer la situation.
S — Stratégie : situer le feu et situer son foyer
Dans STRAP, la stratégie ne consiste pas à imaginer tous les scénarios possibles.
Elle commence par deux questions simples :
Où se trouve réellement le feu ?
Où sommes-nous réellement par rapport à lui ?
Cette distinction paraît évidente, mais elle est essentielle.
Un vacancier peut connaître le nom de la station balnéaire dans laquelle il séjourne sans connaître :
- le nom exact de la commune ;
- l’adresse complète de l’hébergement ;
- les routes permettant de quitter le secteur ;
- le massif forestier situé à proximité ;
- les canaux d’information de la mairie ;
- le centre d’accueil susceptible d’être ouvert.
Un habitant permanent connaît mieux son territoire, mais peut également dépendre d’un seul axe routier, d’un véhicule ou d’un proche pour évacuer.
Les premières vérifications utiles
Dès l’annonce du feu, sans modifier inutilement ses déplacements, le foyer peut :
- vérifier le lieu exact du départ de feu ;
- identifier sa propre commune et son adresse complète ;
- consulter les communications de la préfecture et de la mairie ;
- suivre les informations du SDIS lorsqu’elles sont accessibles ;
- conserver un téléphone allumé et suffisamment chargé ;
- vérifier les routes principales autour de l’hébergement ;
- enregistrer les coordonnées du propriétaire, du camping ou de la résidence ;
- repérer les personnes présentes dans le foyer ;
- éviter de se rendre près du feu pour observer ou prendre des images.
FR-Alert permet aux autorités de transmettre automatiquement un message aux téléphones présents dans une zone de danger. Il complète les sirènes, la radio, la télévision et les comptes institutionnels. Il ne nécessite ni inscription ni application particulière, mais le téléphone doit être allumé et en mesure de recevoir le message.
La stratégie consiste donc à organiser ses sources avant que l’information devienne urgente.
Ne pas interpréter seul l’évolution du feu
La présence de fumée, la direction apparente du vent ou une carte partagée sur internet ne permettent pas à un particulier de prévoir avec certitude la progression d’un incendie.
Les conditions peuvent évoluer rapidement. Les secours disposent d’informations et de moyens d’analyse que le public ne possède pas.
Le rôle du foyer n’est pas de déterminer lui-même quand une commune doit être évacuée.
Il est de savoir :
- quelles autorités suivre ;
- comment recevoir une alerte ;
- où se trouvent les membres du foyer ;
- quels besoins devraient être préparés si la situation se rapprochait.
T — Transformation : convertir l’information en décisions concrètes
Quelques heures plus tard, de nouveaux points de situation sont diffusés.
Le feu a gagné en ampleur. Les premières communes sont évacuées. Des axes peuvent être fermés. Les fumées sont visibles depuis des secteurs plus éloignés.
À ce moment, l’information ne doit plus rester abstraite.
La transformation consiste à passer de :
« Un feu brûle quelque part en Gironde »
à :
« Que devons-nous préparer si cette évolution finit par affecter notre secteur ? »
Préparer sans partir spontanément
Le foyer peut désormais :
- recharger les téléphones et les batteries externes ;
- regrouper les chargeurs ;
- vérifier le niveau de carburant ou de charge du véhicule, sans créer un déplacement tardif ou inutile ;
- retrouver les papiers d’identité ;
- rassembler les médicaments et les ordonnances ;
- préparer les affaires essentielles des enfants ;
- organiser les besoins des animaux ;
- prévenir une personne de confiance de sa localisation ;
- vérifier qui pourrait aider une personne âgée ou sans moyen de transport ;
- limiter les déplacements non indispensables.
La transformation ne signifie pas partir avant tout le monde.
Elle signifie que le foyer devient capable de partir lorsqu’il en reçoit la consigne.
Les routes peuvent devenir une difficulté supplémentaire
Pendant un incendie important, les déplacements ne sont pas seulement affectés par les flammes.
Ils peuvent être compliqués par :
- les départs simultanés ;
- les fermetures d’axes ;
- les déviations ;
- le trafic touristique ;
- les véhicules chargés dans l’urgence ;
- la circulation des engins de secours ;
- les personnes cherchant un centre d’accueil ;
- les automobilistes tentant de rejoindre leur domicile.
À Arès, l’évacuation obligatoire du 24 juillet a été organisée progressivement par quartiers, selon plusieurs horaires, afin d’éviter l’engorgement des routes et de faciliter les déplacements. Des centres d’accueil avaient notamment été prévus à Marcheprime, Mios et dans des communes de la communauté d’agglomération du Bassin d’Arcachon Sud.
La préfecture a parallèlement demandé à la population de ne pas encombrer les axes de circulation.
Cette situation apporte un enseignement concret :
La route peut se dégrader avant que le feu atteigne directement le foyer.
Préparer l’évacuation en amont permet de réduire le temps passé à charger le véhicule lorsque la circulation commence déjà à se tendre.
Un véhicule par foyer lorsque cela est possible
Lorsque plusieurs véhicules sont disponibles, le réflexe peut être de les emporter tous.
Mais une évacuation massive transforme rapidement chaque véhicule supplémentaire en élément de congestion.
Lorsque les autorités locales le recommandent et que les besoins du foyer le permettent, partir avec un seul véhicule peut :
- réduire l’encombrement ;
- faciliter les déplacements des secours ;
- maintenir le foyer regroupé ;
- simplifier l’arrivée au centre d’accueil ;
- diminuer le risque de séparation sur la route.
Cette solution n’est pas toujours possible. Elle doit être adaptée à la mobilité des personnes, au nombre d’occupants, aux animaux et aux consignes reçues.
R — Résilience : identifier ce qui fragilise réellement le foyer
À mesure que le feu progresse, la question centrale n’est plus seulement celle de la distance.
Deux foyers situés dans une même rue peuvent avoir des capacités très différentes.
L’un dispose d’un véhicule, de traitements regroupés et d’une solution d’hébergement chez des proches.
L’autre accueille une personne dépendante, ne possède pas de voiture ou séjourne dans la région depuis seulement quelques jours.
La résilience consiste ici à identifier ce qui risque de devenir difficile.
Les vulnérabilités à examiner
- Une personne a-t-elle des difficultés pour marcher ou monter dans un véhicule ?
- Un traitement doit-il être pris à heure fixe ?
- Un appareil médical dépend-il de l’électricité ?
- Un nourrisson nécessite-t-il une alimentation particulière ?
- Une personne comprend-elle difficilement les messages d’alerte ?
- Le foyer dispose-t-il d’un véhicule ?
- Un animal peut-il être transporté rapidement ?
- Une remorque, une caravane ou un camping-car ralentiraient-ils le départ ?
- Le logement dépend-il d’une seule route ?
- Le téléphone est-il le seul moyen d’accéder aux documents et aux coordonnées ?
- Les vacanciers connaissent-ils suffisamment le territoire ?
Cette étape ne vise pas à attribuer un niveau de préparation au foyer.
Elle sert à déterminer ce qui doit être traité en priorité.
Les médicaments : prévoir que le retour peut être impossible
Une évacuation n’est pas nécessairement un déplacement de quelques heures.
Le retour au domicile peut rester interdit pendant plusieurs jours, en raison :
- de la progression du feu ;
- des fumées ;
- de reprises possibles ;
- de routes fermées ;
- de risques résiduels ;
- des opérations de secours ;
- de la sécurisation des quartiers.
À Arès, après l’évacuation, la commune a dû mettre en place une procédure pour les habitants ayant besoin de médicaments ou de matériel médical restés au domicile. Il leur était demandé de contacter leur médecin afin d’obtenir une ordonnance ; lorsque celui-ci ne pouvait pas être joint, les services municipaux organisaient une solution avec les autorités compétentes. Le retour spontané dans la commune restait interdit.
Cet exemple montre pourquoi les ordonnances doivent rester avec les personnes évacuées.
Il est utile d’emporter :
- les médicaments en cours ;
- une copie papier ou numérique accessible de chaque ordonnance ;
- le nom et le dosage des traitements ;
- les coordonnées du médecin et de la pharmacie ;
- les accessoires médicaux indispensables ;
- les lunettes, appareils auditifs ou dispositifs de ventilation ;
- les documents nécessaires aux enfants ou aux personnes dépendantes.
L’ordonnance ne remplace pas le médicament.
Mais elle facilite la continuité du traitement lorsque le retour est impossible et que le médecin habituel n’est pas immédiatement joignable. Télécharger le PIMS Cap d’Avance Lucide avec la fiche médicale.
A — Autonomie : créer une marge pour les premières heures
L’autonomie ne signifie pas rester volontairement dans une zone menacée.
Elle ne signifie pas davantage refuser l’aide d’un centre d’accueil.
Dans STRAP, l’autonomie désigne une marge permettant au foyer de fonctionner temporairement pendant :
- l’attente d’une consigne ;
- le déplacement ;
- les ralentissements ;
- l’arrivée au centre d’accueil ;
- une prolongation imprévue du séjour ;
- les premières heures loin du domicile.
Ce qu’il faut pouvoir emporter rapidement
- médicaments et ordonnances ;
- papiers d’identité ;
- téléphone et chargeurs ;
- batterie externe ;
- clés du logement et du véhicule ;
- moyens de paiement ;
- eau et alimentation simple ;
- vêtements de rechange ;
- produits d’hygiène essentiels ;
- lunettes et équipements médicaux ;
- quelques affaires pour les enfants ;
- laisse, caisse de transport, nourriture et traitements des animaux ;
- coordonnées des proches et de l’hébergement ;
- radio à piles lorsqu’elle est disponible.
La Sécurité civile inclut notamment les médicaments, les copies de documents essentiels, les ordonnances, une radio à piles et les moyens d’éclairage dans le kit d’urgence 72h.
Cette préparation ne garantit pas trois jours d’autonomie complète.
Elle permet d’éviter de partir sans l’essentiel.
Le cas particulier des vacanciers
Un vacancier peut être plus vulnérable qu’il ne l’imagine.
Il peut disposer :
- uniquement du nombre exact de comprimés prévu pour le séjour ;
- d’un véhicule presque vide ;
- d’une ordonnance restée au domicile principal ;
- d’aucune connaissance des routes secondaires ;
- d’un animal non prévu pour un hébergement collectif ;
- de documents exclusivement stockés en ligne ;
- d’aucun proche dans la région.
Quelques précautions simples peuvent donc être utiles pendant tout séjour dans une zone exposée :
- conserver une petite marge de traitement lorsque cela est médicalement possible ;
- garder une copie de l’ordonnance ;
- connaître l’adresse exacte de l’hébergement ;
- charger régulièrement le téléphone ;
- enregistrer les coordonnées du propriétaire ou du gestionnaire ;
- identifier les canaux officiels locaux ;
- informer un proche de son lieu de séjour.
P — Préparation : être capable d’exécuter la consigne
La préparation devient opérationnelle lorsque les autorités annoncent une évacuation ou qu’un message FR-Alert est reçu.
« Pour bénéficier pleinement de FR-Alert, mieux vaut disposer d’un smartphone 4G ou 5G commercialisé après 2020 et correctement mis à jour. Les iPhone 6s et modèles suivants sont généralement compatibles. Les téléphones plus anciens peuvent uniquement recevoir un SMS géolocalisé, sans la sonnerie prioritaire caractéristique ».
Même un téléphone récent peut ne rien recevoir lorsqu’il est :
- éteint ;
- en mode avion ;
- hors couverture du réseau mobile ;
- uniquement connecté au Wi-Fi, sans connexion au réseau mobile ;
- doté d’un système très ancien ou non mis à jour.
Le moment n’est plus à l’analyse personnelle de la trajectoire du feu.
Le foyer doit appliquer la consigne.
Lorsque le message d’évacuation arrive
- lire le message dans son intégralité ;
- vérifier la commune, le quartier et l’horaire concernés ;
- suivre l’itinéraire indiqué ;
- respecter l’évacuation progressive lorsqu’elle est organisée par secteurs ;
- utiliser le centre d’accueil désigné si aucune autre solution n’est disponible ;
- ne pas emprunter une piste forestière ou un raccourci ;
- ne pas partir dans une direction différente sur la base d’une publication non officielle ;
- ne pas retourner chercher un objet oublié ;
- ne pas bloquer la rue pendant le chargement ;
- prévenir les proches par un message court ;
- emporter le sac déjà préparé.
Préparer le départ ne signifie donc pas partir prématurément.
Cela signifie pouvoir partir au bon moment, sans perdre de longues minutes à chercher l’essentiel.
Le portail et l’accès des secours
Avant de quitter une propriété, uniquement lorsque le temps disponible et les consignes le permettent, il peut être utile de :
- laisser le portail ouvert ou déverrouillé ;
- dégager l’accès principal ;
- ne pas stationner devant l’entrée ;
- rentrer les objets légers et combustibles proches du bâtiment ;
- laisser le tuyau d’arrosage accessible ;
- fermer portes, fenêtres et ouvertures selon les instructions reçues.
Géorisques recommande expressément de laisser le portail ouvert afin de faciliter l’accès des sapeurs-pompiers.
Les équipes peuvent avoir besoin de pénétrer dans une propriété pour protéger une habitation, traiter une lisière ou défendre un point sensible.
Cela ne garantit pas que chaque maison pourra être défendue individuellement.
L’objectif consiste simplement à ne pas créer un obstacle supplémentaire aux équipes susceptibles d’intervenir.
Les bouteilles de gaz : appliquer la consigne locale sans retarder l’évacuation
Les bouteilles de gaz exposées à une forte chaleur peuvent représenter un danger pour les occupants et les secours.
La recommandation nationale consiste à les fermer et à éloigner les combustibles du bâtiment lorsque cela peut être fait sans danger.
Pendant les incendies de Gironde, une consigne particulière a été relayée dans certains secteurs, notamment à Lège-Cap-Ferret : les bouteilles ne pouvant pas être évacuées devaient être immergées dans une piscine afin de limiter leur échauffement. Cette disposition était liée aux circonstances locales et ne constitue pas une règle générale applicable à tous les incendies.
La conduite doit donc rester prudente :
- appliquer d’abord les instructions de la mairie, de la préfecture ou des secours ;
- fermer les bouteilles si cela peut être fait sans exposition ;
- ne jamais manipuler une bouteille déjà chaude, endommagée ou entourée de fumée ;
- utiliser la piscine uniquement lorsqu’une consigne locale le prévoit ;
- lorsqu’un dépôt extérieur visible est demandé, choisir un emplacement dégagé, stable, éloigné du bâtiment, de la végétation et des accès ;
- ne jamais laisser une bouteille sur le passage des véhicules de secours ;
- ne pas transporter une bouteille dans le véhicule d’évacuation sauf instruction explicite adaptée ;
- ne jamais retarder un départ ordonné pour protéger du matériel.
Le foyer doit pouvoir signaler clairement la présence et l’emplacement des bouteilles lorsqu’il échange avec les autorités ou les secours.
L’arrivée au centre d’accueil ne termine pas la préparation
Une fois arrivé au centre, le foyer doit encore s’organiser.
Il peut être nécessaire de :
- se faire recenser ;
- signaler immédiatement un besoin médical ;
- indiquer la présence d’une personne vulnérable ;
- conserver les médicaments et documents avec soi ;
- préciser les besoins liés aux animaux ;
- prévenir les proches ;
- comprendre les modalités d’hébergement ;
- suivre les horaires des prochains points d’information ;
- accepter un éventuel transfert vers un autre centre ;
- attendre l’autorisation officielle avant tout retour.
Pendant l’incendie, certaines personnes accueillies à Marcheprime ont ensuite été transférées vers d’autres lieux afin de disposer de conditions d’hébergement plus adaptées.
Le centre d’accueil n’est donc pas toujours la destination définitive.
Il constitue un point de mise en sécurité et d’organisation collective.
STRAP fonctionne comme une boucle
STRAP ne correspond pas nécessairement à cinq moments distincts et successifs.
La situation évolue, et la méthode doit être recommencée à chaque information importante.
Nouvelle information
→ nouvelle stratégie
→ transformation en décision
→ réévaluation des fragilités
→ adaptation de l’autonomie
→ nouvelle préparation.
Au premier jour, la stratégie peut simplement consister à identifier les sources officielles.
Quelques heures plus tard, la transformation conduit à charger les téléphones et à regrouper les traitements.
Lorsque les premières communes sont évacuées, la résilience oblige à examiner les besoins des personnes vulnérables.
À l’approche d’une consigne locale, l’autonomie consiste à rassembler l’essentiel.
Lorsque FR-Alert arrive, la préparation permet d’exécuter rapidement l’ordre reçu.
La méthode ne prédit pas le feu.
Elle aide à ne pas découvrir toutes les difficultés au même moment.
Ce qu’il ne faut pas faire
L’application de STRAP ne doit pas conduire à :
- se rendre près du feu pour observer ;
- suivre une carte non officielle comme s’il s’agissait d’une prévision ;
- prendre la route sans connaître la consigne locale ;
- retarder une évacuation pour remplir plusieurs véhicules ;
- attendre de voir les flammes pour regrouper les médicaments ;
- retourner dans une zone interdite ;
- improviser un passage par une piste forestière ;
- manipuler une bouteille de gaz exposée à la chaleur ;
- rester pour défendre seul une habitation ;
- considérer que le kit 72h permet d’ignorer les secours ;
- téléphoner inutilement pendant une saturation des réseaux ;
- relayer une information non vérifiée.
La commune d’Arès a notamment dû rappeler à plusieurs reprises l’interdiction de réintégrer le territoire et l’importance de suivre exclusivement les canaux institutionnels, alors que de fausses informations circulaient sur les dégâts supposés.
Un exercice STRAP réalisable en quinze minutes
Prenez une feuille et choisissez le scénario suivant :
Un feu de forêt est signalé à plusieurs dizaines de kilomètres de notre logement ou de notre lieu de vacances.
Complétez ensuite les cinq lignes.
Stratégie
Quelles sont nos trois sources officielles et quelle est notre adresse exacte ?
Transformation
Quelles actions pouvons-nous réaliser maintenant sans prendre la route ni gêner les secours ?
Résilience
Quelle personne, quel traitement ou quel équipement pourrait compliquer un départ ?
Autonomie
Que devons-nous pouvoir emporter pour passer plusieurs heures ou une nuit loin du logement ?
Préparation
Qui prend les documents, qui s’occupe des enfants ou des animaux et quel véhicule utiliserions-nous ?
L’exercice ne demande aucun achat immédiat.
Il révèle d’abord ce qui est déjà disponible et ce qui reste désorganisé.
À retenir
- Lorsqu’un feu est annoncé dans le département, la première étape consiste à se situer et à identifier les sources officielles.
- La progression du feu peut rapidement entraîner des évacuations, des fermetures de routes et des embouteillages.
- Préparer le départ ne signifie pas partir spontanément : cela signifie pouvoir appliquer rapidement la consigne officielle.
- Les médicaments doivent rester accompagnés des ordonnances, car le retour au domicile peut être interdit plusieurs jours.
- Le portail laissé accessible peut faciliter l’entrée des secours dans une propriété.
- Les bouteilles de gaz doivent être traitées selon les consignes locales, sans manipulation dangereuse et sans retarder l’évacuation.
- Le kit 72h apporte une marge d’autonomie, mais ne remplace ni l’organisation collective ni les centres d’accueil.
- STRAP est une boucle d’adaptation, pas une succession rigide d’étapes.
Action simple de la semaine
Créez une pochette d’évacuation familiale contenant uniquement :
- les copies des pièces d’identité ;
- les ordonnances en cours ;
- les coordonnées médicales utiles ;
- une liste des traitements ;
- les coordonnées des proches ;
- l’adresse exacte du logement ou du lieu de séjour ;
- les informations indispensables concernant les enfants, les personnes vulnérables et les animaux.
Placez cette pochette dans un endroit connu de tous les adultes du foyer. Le PIMS de Cap d’Avance Lucide permet le recueil de toutes ces informations.
Cette action ne prépare pas uniquement à un feu de forêt. Elle peut être utile lors d’une inondation, d’un accident industriel, d’une hospitalisation soudaine ou de toute évacuation temporaire.
Conclusion
L’incendie de Saumos montre que la situation d’un foyer peut évoluer en plusieurs étapes.
Au premier jour, le feu paraît éloigné.
Puis l’information se rapproche. Les fumées deviennent visibles. Les premières communes sont évacuées. Les routes se chargent. Un message FR-Alert finit par concerner directement le secteur.
La préparation ne consiste pas à partir au premier bruit ni à attendre la dernière minute.
Elle consiste à utiliser le temps disponible pour comprendre la situation, transformer l’information en décisions, identifier ses fragilités, créer une marge d’autonomie et se tenir prêt à appliquer une consigne.
C’est le sens de STRAP.
La méthode ne remplace ni les autorités, ni les sapeurs-pompiers, ni les forces de l’ordre, ni les collectivités.
Elle aide le foyer à ne pas ajouter sa propre désorganisation aux contraintes déjà créées par la crise.
« L’accès au savoir ne fait pas l’usage ».
Connaître les consignes relatives aux feux de forêt est nécessaire. Les avoir transformées en une organisation familiale simple, vérifiée et applicable leur donne leur véritable utilité.
